Lâcher prise sans perdre pied : et si arrêter de contrôler ne signifiait pas tout abandonner ?
Il y a une phrase que l’on entend souvent :
« Il faut lâcher prise. »
Comme si le problème était simple.
Comme s’il suffisait de décider de moins contrôler, de moins anticiper, de moins réfléchir… et que tout allait naturellement devenir plus facile.
Sauf que, lorsqu’on a besoin de contrôler, ce contrôle n’est généralement pas là par hasard.
Il a une fonction.
Il cherche souvent à nous protéger.
Et c’est peut-être justement pour cela que lâcher prise peut être si difficile.
Pourquoi avons-nous autant besoin de contrôler ?
Contrôler peut prendre de nombreuses formes.
Vouloir tout prévoir.
Anticiper toutes les éventualités.
Vérifier plusieurs fois.
Avoir besoin de savoir ce que les autres pensent.
Chercher à éviter les conflits.
Vouloir que les choses soient faites d’une certaine manière.
Réfléchir longtemps avant de prendre une décision.
Préparer mentalement une conversation qui n’a même pas encore eu lieu.
Ou encore chercher constamment à savoir « ce qui va se passer ».
Et parfois, nous ne nous définissons même pas comme quelqu’un de contrôlant.
Nous pensons simplement être prévoyante, organisée, responsable ou attentive.
Pourtant, une question peut être intéressante à se poser :
Qu’est-ce que j’essaie réellement d’éviter lorsque j’ai besoin de tout contrôler ?
Parce que derrière le contrôle, il y a souvent une émotion que nous avons beaucoup plus de mal à tolérer.
La peur de l’échec.
La peur de décevoir.
La peur du rejet.
La peur de l’abandon.
La peur de l’impuissance.
La peur de l’incertitude.
Ou simplement la peur de ne pas savoir comment nous allons réagir lorsque les choses ne se passeront pas comme prévu.
Le contrôle donne une impression de sécurité
Le contrôle peut être rassurant.
Lorsque je sais ce qui va se passer, lorsque j’ai prévu les différentes possibilités, lorsque j’ai vérifié que tout était en ordre, mon cerveau peut avoir l’impression que le risque diminue.
Le problème, c’est que la vie ne peut jamais être totalement contrôlée.
Je peux préparer un entretien.
Je ne peux pas décider si je serai recrutée.
Je peux communiquer avec mon conjoint.
Je ne peux pas décider de ce qu’il va ressentir ou de la manière dont il va réagir.
Je peux faire attention à ma santé.
Je ne peux pas prévoir absolument tout ce qui pourrait m’arriver.
Je peux faire de mon mieux avec mes enfants.
Je ne peux pas contrôler toutes leurs décisions.
Et c’est précisément là que le contrôle peut devenir épuisant :
Nous dépensons énormément d’énergie à essayer d'obtenir une garantie que la vie ne peut pas nous donner.
Le piège du soulagement
Il y a quelque chose d'intéressant dans le fonctionnement du contrôle.
Souvent, il fonctionne.
Du moins… à court terme.
Je suis inquiète → je vérifie.
Je doute → je demande à être rassurée.
Je ne sais pas → je cherche des informations.
J'ai peur que quelque chose se passe mal → j'anticipe tous les scénarios possibles.
Et lorsque je fais cela, mon anxiété peut diminuer.
Je ressens un soulagement.
Mon cerveau apprend alors :
« Lorsque je ressens cette inquiétude, contrôler m'aide à me sentir mieux. »
La fois suivante, il aura donc encore davantage envie de contrôler.
C'est ainsi qu'une stratégie qui avait initialement pour objectif de nous rassurer peut progressivement devenir une habitude difficile à interrompre.
Alors, faut-il arrêter de contrôler ?
Non.
Et c'est une nuance importante.
L'objectif n'est pas de devenir complètement détachée, de ne plus prévoir quoi que ce soit ou de laisser les événements décider à notre place.
Lâcher prise ne signifie pas ne plus agir.
Cela signifie apprendre à distinguer :
Ce qui dépend de moi.
Mes choix.
Mes paroles.
Mes décisions.
Mes limites.
Mes comportements.
La manière dont je prends soin de moi.
Ce sur quoi j'ai une influence.
Je peux communiquer.
Proposer.
Négocier.
Expliquer.
Encourager.
Mais je ne maîtrise pas le résultat.
Et ce qui ne dépend pas de moi.
Les pensées des autres.
Leurs émotions.
Leurs décisions.
Le passé.
L'avenir.
Les événements imprévus.
Et c'est souvent dans cette dernière zone que nous dépensons le plus d'énergie.
Faire ma part sans exiger de contrôler le résultat
Lâcher prise peut alors prendre une forme beaucoup plus concrète.
Ce n'est pas :
« Je m'en fiche. »
Ce n'est pas :
« Je ne fais plus rien. »
C'est plutôt :
« Je fais ma part, puis j'accepte que le résultat ne m'appartienne pas entièrement. »
Je peux poser une limite sans savoir comment l'autre va réagir.
Je peux dire ce que je ressens sans pouvoir garantir que l'autre me comprendra.
Je peux prendre une décision sans être certaine qu'elle sera parfaite.
Je peux avancer sans connaître exactement la suite.
Et surtout, je peux apprendre quelque chose de beaucoup plus sécurisant que le contrôle : me faire confiance.
Pas parce que je sais toujours ce qui va arriver.
Mais parce que je sais que, même lorsque je ne sais pas, je pourrai chercher, ajuster, demander de l'aide, décider, recommencer.
Une question à se poser
La prochaine fois que vous sentez monter votre besoin de contrôler, essayez de remplacer : « Comment faire pour que cette situation se passe comme je veux ? »
par :
« Qu'est-ce qui dépend réellement de moi ici ? »
Puis :
« Et qu'est-ce que j'essaie de contrôler alors que cela ne dépend pas de moi ? »
La réponse peut être inconfortable.
Mais elle peut aussi être libératrice.
Parce que parfois, lâcher prise ne consiste pas à laisser tomber quelque chose.
Cela consiste simplement à arrêter de porter quelque chose qui n'a jamais été entièrement à nous.
Et si le vrai lâcher-prise commençait ici ?
Ne pas chercher à tout maîtriser.
Ne pas chercher à tout prévoir.
Ne pas chercher à garantir le résultat.
Mais apprendre progressivement à se dire :
Je peux agir sans tout contrôler. Je peux avancer sans tout savoir. Et je peux me faire confiance même lorsque la vie ne me donne aucune garantie.





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